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Le projet de Biennale à Belleville repose sur un principe de mixité des lieux (publics et privés) et de variété des interventions, il a pour objectif d’intégrer l’histoire sociale très dense de Belleville à sa singularité géographique. Comment restituer la richesse du substrat bellevillois sans tomber dans l’autoportrait complaisant, comment faire résonner des pratiques contemporaines avec la complexité des phénomènes de peuplement urbains, comment articuler ces multiples mutations qui remodèlent en permanence la forme d’une ville avec leurs pendants artistiques ? Voici quelques-uns des axes de réflexion qui président à la construction de la manifestation. Cette dernière prendra diverses formes qui tenteront de bousculer les habitudes et les usages liés à la fréquentation des lieux de l’art contemporain. Ainsi les galeries privées qui viennent de s’y installer seront naturellement associées à la biennale et une collaboration sera envisagée avec les centres d’art de Belleville, manière inédite de les réunir au-delà des clivages et des clichés habituels. Des lieux qui ne sont pas habituellement dédiés à la monstration de l’art, des squares, des piazzas ou même les simples trottoirs accueilleront des initiatives inédites afin d’aller à la rencontre des visiteurs et faciliter la transformation du simple chaland en amateur d’art. La physionomie du quartier pourra même être légèrement affectée par certains projets comme la peinture au sol de Lang & Baumann revisitant les coloris et le design de nos bons vieux passages protégés ou encore le « monstre » de Julien Berthier qui redonne une seconde vie à ces encombrants qui parsèment le pavé comme autant de petits abandons.

Plus important peut-être, au-delà de l’ancrage historique et urbain avec lequel les œuvres seront amenées à dialoguer, la Biennale de Belleville, pour sa première édition, possédera une dimension fortement déambulatoire. Profitant des formes contournées du village bellevillois, certains projets sillonneront littéralement le quartier et feront de cette dimension micro voyageuse un élément primordial : les fameuses limousines, réquisitionnées le temps d’une interview, navigueront d’un site à l’autre, Lee Chow Shun, artiste et anthropologue venue de Tai Peh nous invitera à décrypter les enseignes des échoppes chinoises, Chloé Maillet et Louise Hervé nous convieront, au cours d’une visite de quartier commentée, à redécouvrir les moments forts de l’épopée bellevilloise.

Alliant performances déambulatoires et expositions collectives, le projet de biennale à Belleville a autant vocation à dessiner de nouveaux itinéraires que de mettre en place des manières originales d’appréhender l’art contemporain.

The Carré de Boudouin is being billed to become the Biennale’s centre of gravity: its location between the capital’s historic centre and the suburbs on the doorstep fuels the very concept of the exhibition to be held in it.

Belleville’s situation—a laboratory of forms of urban cohabitation—can only become the theme of a show geared to urban changes and transformations on condition that these latter are sufficiently dealt with as issues, for there is considerable risk that the works may be exploited by social difficulties of the moment. One of the Biennale’s priorities will thus be to show how artists are informed by these themes but without their works being turned into manifestoes. It will be a matter of establishing parallels between movements of  populations at the origin of the social geology of great cities and the principles of formal displacements which affect artworks themselves.

So a piece like Kader Attia’s, la colonne sans fin/the endless column might easily be regarded as a symbol of the declining attractiveness of the trade union movement, except that this piece can also be interpreted as the extension of a never-ending sculptural dialogue which ranges from Brancusi to the present day, with its title making direct reference to the former. The interest of this piece lies in the fact that it reappropriates for itself themes inherent to the field of sculpture: finiteness, elevation, stand—and opens up to themes to do with the class struggle. Isa Melsheimer’s pieces are made up of visuals which she extracts from any old media source and then places on a thoroughly incongruous surface: mattress, tired sofa, worn-out T-shirt. Then treatment that she applies to the original image, embroidered on this new base, has the effect of freezing it: it thus works against its primary destination which is to take part in the ebb and flow of information by mooring it in an environment that is, on the face of it, inhospitable. Like outlying neighbourhoods densified by waves of successive migrations, Melsheimer’s works are the outcome of these unlikely marriages. Camille Henrot’s “augmented” objects are close in intent: the tar that coats these secondhand objects reminds us of the treatment that cowboys inflicted on their “tender horns”. They make reference to the difficulty of becoming established and being accepted on new soil; but this new skin gives them a new identity by bringing them together.

The analogy with migrating populations is quite edifying: the outcome is invariably a substratum, a deposit, a balance. Solde migratoire will try and illustrate the wealth of migratory phenomena by pinpointing resemblances with the formation of contemporary works.