A Program #2

Inspirée du Débruiteur, nouvelle d’anticipation écrite dans les années cinquante par J. G. Ballard, A Program est une déambulation cinématographique conçue initialement pour le MAC/VAL pour laquelle le paysage urbain est traité comme décor et dont la réalité matérielle semble avoir été transfigurée par la présence d’agents doubles incarnés par deux personnages : Lola, la speakerine sans voix et le mec.

Pour la biennale de Belleville, Laëtitia Badaut Haussmann réactive A Program autour de l’axe qui mène du pavillon Carré de Baudouin au quartier Croix de Chavaux. Le trajet vers Montreuil qui traverse le haut vingtième et l’artère de la porte de Bagnolet offre les éléments clés de cette dérive urbaine questionnant l’articulation de deux espaces, l’entre-deux et, par extension, la périphérie. Embrassant, en deux heures de marche, un ensemble de spécificités urbanistiques, la promenade est parsemée d’apparitions à caractère cinématographique. Telles des amorces de scènes, ces apparitions sont des accentuations de la réalité environnante qui cherchent à activer le potentiel fictionnel du contexte soutenues par la présence d’une bande sonore avec laquelle la dimension labyrinthique du parcours génère autant d’incidences et de coïncidences visuelles. Entre repérage et dérive, promenade urbaine et voyage dans le temps, Lola, la speakerine sans voix guide le public. Elle est accompagnée d’un jeune homme appelé le mec, qui l’assiste, comme un second rôle. Il tire le module sonore, fume des cigarettes, s’adresse à elle par gestes et chuchotements. Il est le premier spectateur, ou spectateur intime, de Lola qui, quant à elle, incarne la figure d’une femme-cinéma, ou personnage introduisant l’image. S’appuyant sur l’indice narratif que forment la bande sonore et les personnages, une série de scènes collatérales jalonneront également la marche. Parmi d’autres apparitions allant de figurants à des accessoires de décors, Antonio Contador inscrira sa fanfare silencieuse dans le parcours et la scénariste Coline Abert développera une sorte de scénario lacunaire. Une zone fictionnelle parallèle se dessinera habitée de présences muettes, de fragments de récits et de traces archéologiques urbaines « augmentées ». « La fiction est partout » précisait J. G. Ballard.

A Program #2 

Inspired by The Sound-Sweep, a science-fiction short story written in the 1950s by J.G. Ballard, A Program is a cinematographic stroll devised initially for the MAC/VAL museum, for which the urban landscape is treated as décor, and whose material reality seems to have been transfigured by the presence of double agents incarnated by two characters: Lola, the voiceless speaker and The Guy.

For the Belleville Biennale, Laëtitia Badaut Haussmann is rekindling A Program around the route that leads from the Pavillon Carré de Baudouin to the Croix de Chavaux neighbourhood. The itinerary towards Montreuil which passes through the upper 20th arrondissement and the Porte de Bagnolet thoroughfare offers the key elements of this urban dérive or ‘drift’ questioning the articulation of two spaces, the in-between and, by extension, the outskirts. Encompassing in a two-hour walk a set of specific urbanistic features, the stroll is littered with film-like apparitions. Like the beginnings of scenes, these apparitions are accentuations of the surrounding reality, trying to kindle the fictional potential of the context, underpinned by the presence of a soundtrack with which the maze-like dimension of the itinerary gives rise to as many visual incidences and coincidences. Somewhere between location and drift, urban walk and journey in time, Lola, the Voiceless Speaker, guides the public. She is accompanied by a young man called The Guy, who assists her, like a supporting role. He works the sound module, smokes cigarettes, addresses her through gestures and whispers. He is Lola’s first spectator, or her intimate spectator, and she, for her part, incarnates the figure of a film-woman, or character introducing the image. Relying on the narrative clue formed by the soundtrack and the characters, a series of collateral scenes will also stake out the walk. Among other apparitions ranging from extras to set props, Antonio Contador will include his silent brass band in the circuit, and the screenwriter Coline Abert will develop a kind of incomplete scenario. A parallel fictional zone will appear, filled with mute presences, fragments of narratives and “augmented” urban archaeological traces. “Fiction is everywhere”, as J.G. Ballard put it.