Hanter Belleville est un projet in situ composé de déambulations, de conférences et de cocktails. Cette série de trois événements semblables qui auront lieu à différents moments de la biennale est née de l’envie d’investir le concept d’hantologie créé par Jacques Derrida dans les années soixante-dix. Juste avant le boom numérique, lorsque Derrida, ou plutôt le fantôme de Derrida, affirme dans le film Ghost Dance1 que l’avenir est aux fantômes, il annonce de manière prophétique l’ère à venir : le développement sans précédent d’Internet, de l’industrie cinématographique, des microprocesseurs, des smartphones, du cloud, des jeux vidéo, de la livraison à domicile, des réseaux sociaux, de Second Life… Et l’intégration de ces nouvelles technologies dans notre quotidien. Avec l’hantologie, Derrida tord le cou aux préjugés et affirme que les nouveaux outils numériques issus des progrès technologiques récents dans le domaine de la télécommunication ne restreignent pas l’espace des fantômes mais, au contraire, en facilitent les apparitions et en décuplent les pouvoirs.

Des fantômes apparaissent dans les culs-de-sac de Belleville et se rejoignent simultanément en un même lieu. Les points de ralliement successifs désignés par les cartographies mystiques de ces fantômes bellevillois sont les lieux des conférences d’Alexis Guillier, Érik Bullot et Clémence De Montgolfier. Utilisés comme une signalétique éphémère et critique, les fantômes de type « drap blanc troué au niveau des yeux » nous amènent à réfléchir la problématique du fantôme aujourd’hui. Ils sont le doigt du sage qui montre la lune.
Les recherches plastiques et théoriques des trois personnalités invitées sont proches de ces réflexions. Ils seront la lune.
Si on ne vous croise ni dans les rues de Belleville hantées pour l’occasion, ni à l’une des trois conférences, nous espérons échanger avec vous autour d’un Ghost Cocktail, il en sera servi à chaque fin d’épisode. Pour remercier les fantômes de leur participation, une édition d’artiste sera remise au gagnant par tirage au sort durant cette collation. Le Ghost Cocktail sera donc aussi le moment de l’annonce des heureux gagnants !
Do you believe in ghosts ?

1 Ghost Dance, un film de Ken McMullen, 1983. Jacques Derrida intervient à la 19e minute.

SAMEDI 27.09

Conférence d’Alexis Guillier, Twilight Zone à 14H au Pavillon Carré de Baudouin. 

Présenté à la Walter Phillips Gallery (Banff Centre, CA, 2013), au Cneai (Chatou, 2013) ainsi qu’au BAL (2014), le projet Twilight Zone s’intéresse au tournage du film éponyme co-réalisé par John Landis en 1982, version cinématographique de la célèbre Quatrième Dimension. Lors d’une scène dans un village vietnamien reconstitué, trois acteurs furent tués par un hélicoptère que les effets spéciaux avaient rendu incontrôlable. Alexis Guillier explore avec ce projet polymorphe (allant de la vidéo à la conférence en passant par les produits dérivés originaux) les multiples ramifications de l’affaire, ou la quatrième dimension dans ses aspects les plus ambivalents, quand l’horreur du réel dépasse le scénario lui-même.

Haunting Belleville is a site-specific project consisting of strolls, lectures and cocktails. This series of three similar events which will take place at different moments of the Biennale has come about from the desire to use the concept of hantologie—hauntology—created by Jacques Derrida in the 1970s. Just before the digital boom, when Derrida, or rather Derrida’s ghost, declared in the film Ghost Dance1 that the future will belong to ghosts, he prophetically announced the age to come: the unprecedented development of the Internet, the film industry, micro-processors, smartphones, the cloud, video games, home deliveries, social networks, Second Life… And the inclusion of these new technologies in our everyday lives. With hauntology, Derrida wrung the neck of prejudices and asserted that the new digital tools resulting from recent technological advances in the field of telecommunications did not restrict the space of ghosts but, on the contrary, made their apparitions easier, and greatly increased their powers.

Ghosts appear in Belleville’s dead ends and simultaneously meet up in one and the same place. The successive gathering points designated by the mystical maps of these Belleville ghosts are the lecture venues of Alexis Guillier, Erik Bullot and Clémence de Montgolfier. Used like ephemeral and critical signs, ghosts of the “white sheet with eye holes” type prompt us to think about the issue of the ghost today. They are the wise man’s finger pointing at the moon. The visual and theoretical research of the three invited personalities is akin to these reflections. They will be the moon.

If we don’t come across you in the streets of Belleville, haunted for the occasion, or at one of the three lectures, we hope to exchange words with you around a Ghost Cocktail, which will be served at the end of each episode. To thank the ghosts for their participation, an artist’s edition will be given to the winner during this refreshment, when lots have been drawn. The Ghost Cocktail will thus also be the moment to announce the lucky winners!

Do you believe in ghosts?

1 Ghost Dance, a film by Ken McMullen, 1983. Jacques Derrida appears at the 19th minute.