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Comment échapper au remake sans trahir ses principes d’origine ? C’est le défi auquel est confrontée la deuxième édition de la biennale de Belleville. La première occurrence de la manifestation avait pris assez spontanément le territoire bellevillois comme domaine d’investigation pour les multiples projets qui la composèrent : multiethnicité, périphérie intra-muros, gentrification versus résistance « ouvrière » ; la thématique de la première biennale n’était rien d’autre que Belleville même. Jouant sur l’absence de lieu central pour en faire un de ses points de force, la biennale s’est déployée du Pavillon carré de Baudouin au belvédère de la rue Piat, de la rue Rébeval où se déroula le premier Street Painting à l’axe de la rue de Belleville où Lee Show-Chun nous distilla ses commentaires éclairés sur ces fameux « Chinois de Belleville »… Bref, cette première édition eut un caractère quelque peu ethnographique qui s’attacha à mettre en scène les spécificités du quartier dans la diversité de ses interventions.

Deux ans plus tard, l’équipe de la biennale a décidé de revenir sur cette première orientation, en élargissant à d’autres lieux, institutions, associations, ateliers d’artistes, places et autres espaces publics, ce principe d’investigation et en prolongeant une réflexion sur les interactions entre les zones de production de l’art et les lieux de monstration. D’un côté, il s’agit de réfléchir à l’impact de ces monuments éphémères que sont les œuvres d’art dans l’espace public et à leur manière de tranformer le rapport à la ville — avec la pièce de Nicolas Milhé, par exemple, qui met en lumière les cohabitations harmonieuses du quartier à travers les exclusions lointaines qu’elle évoque — de l’autre, il est question de réfléchir aux liens qu’entretient un territoire avec les artistes qui le peuplent, à travers l’occupation temporaire d’ateliers notamment, ou encore via le projet Street Painting de faire des rues de Belleville le terrain d’une exposition impromptue. Le propos de cette deuxième biennale prolonge le projet de la première de vouloir transformer le regard des habitants, visiteurs intéressés ou en simple transit, sur la forme d’un quartier régi par ses complexités coutumières, en amenant de nouveaux usages et de nouvelles lectures, non autoritaires, non basés sur le sensationnalisme. Le projet d’artothèque au CENTQUATRE propose de revivifier le rapport aux œuvres d’art, celui des tableaux vivants de réintroduire de la dramaturgie dans l’espace, celui de la maison des métallos de reconstruire un lien patrimonial pour le moins distendu, tandis que dans les lieux d’exposition « classiques » la thématique de(s) révolution(s) est abordée de biais, pour contrebalancer l’hommage à la ville et aussi pour rappeler que cette dernière, si elle veut rester vivante, se doit d’être en permanence infiltrée et chamboulée par le contact vivifiant des artistes.

Patrice Joly

How are we to escape a remake without betraying our original principles? This is the challenge we are confronted with for the second Belleville Biennial. The first festival quite spontaneously took the Belleville territory as an area of investigation for the many projects which made it up: multi-ethnicity, intra-muros outskirts, gentrification v. “working-class” resistance. The theme of the first Biennial was nothing other than Belleville itself. Playing on the absence of any central place to act as one of its strong points, the Biennial spread from the Pavillon Carré de Baudouin to the belvedere on Rue Piat, from Rue Rébeval where the first Street Painting was staged, to the Rue de Belleville thoroughfare where Lee Show-Chun distilled for us her enlightened commentaries on those famous “Belleville Chinese”… In a nutshell, that first festival had a somewhat ethnographic character striving to display the distinctive features of the neighbourhood in all the diversity of its programme.

Two years later, the Biennial team has decided to return to that initial orientation, by both introducing other venues, institutions, non-profit organizations, artist’s studios, squares and other public places to broaden that principle of investigation, and by extending a line of thinking about the interactions between areas where art is produced, and places where it is displayed. On the one hand it is a matter of thinking about the impact of these ephemeral monuments, known as works of art, in the public place, and the way they can transform our relationship to the city—with Nicolas Milhé’s piece, for example, shedding light on the harmonious forms of cohabitation in the neighbourhood through the faraway exclusions that it conjures up. On the other, it is a question of thinking about the links between a territory and the artists who live in it, through the temporary occupation of studios, in particular, and through the Street Painting project, turning Belleville’s streets into the venue for an impromptu show. The idea behind this second Biennial extends the first Biennial’s project to transform the way inhabitants, whether as interested visitors or people merely in transit, look at the form of a neighbourhood governed by its customary complexities, by bringing in new uses and new readings—none of them authoritarian, and not based on sensationalism, either. The art lending library project at the CENTQUATRE proposes re-invigorating our relationship to artworks; the tableaux vivants project seeks to reintroduce some drama into the space; and the project at the Maison des Métallos will reconstruct a patrimonial link which is at the very least stretched, while in the “classic” exhibition venues the theme of revolution(s) is broached obliquely, to offset the homage to the city and also to remind us that if this latter wants to remain alive, it must be permanently infiltrated and upset by the invigorating contact with artists.

Patrice Joly