Prochaine édition : septembre-octobre 2012
La première édition de la biennale de Belleville a eu lieu l’année dernière de septembre à fin octobre dans les rues, les galeries, les centres d’art, les parcs et autres terrains vagues de Belleville. Cette dissémination résulte en partie de l’absence de lieux capables d’accueillir des projets d’envergure. Cependant, ce qui pouvait être vécu comme un handicap se révéla être un des signes distinctifs de la manifestation qui s’attacha dès lors à investir une grande diversité d’endroits, de l’antenne du centre d’art1 à la micro friche urbaine cachée derrière la palissade2 en multipliant les formats d’intervention : performances déambulatoires3, Street Painting4, infiltration d’événements nationaux comme la Nuit blanche5, studio d’enregistrement ambulant embarqué dans une limousine6, performance nocturne au Parc des Buttes-Chaumont7, accueil de l’université d’été du Palais de Tokyo8. La première édition de la biennale engagea un dialogue fourni avec l’histoire de Belleville, sa topographie mais aussi ses composantes démographiques et sociologiques dont elle fit un des principaux thèmes des expositions et des interventions d’artistes. Sans verser dans le portrait flatteur d’un quartier excentrique réputé pour la cohabitation relativement harmonieuse de ses multiples communautés, elle tenta de se servir du matériau même de la ville en mouvement pour élaborer une programmation attachée à marquer sa différence d’avec ses consœurs.
Pour autant la singularité d’une biennale d’art contemporain à l’époque de leur prolifération ne peut se suffire du polymorphisme de ses interventions et de la contemplation du caractère exemplaire du développement d’une quasi ville monde, réplique en miniature des grands creusets métropolitains. Cette première édition eut à cœur notamment de faire le parallèle entre la formation de l’œuvre d’art et la constitution sédimentaire de la ville9 tandis que le projet de Joanna Warsza essayait d’inscrire Belleville dans la descendance de la prestigieuse biennale vénitienne tout en déconstruisant la logique pavillonaire et nationale de cette dernière10.
En cette fin 2011, se profile la deuxième édition de la biennale qui aura lieu dans un an. Il ne sera plus question de se pencher sur la situation exceptionnelle de Belleville, l’hommage ayant déjà été rendu : la prochaine édition sera dédiée aux révolutions. Révolutions au pluriel parce que le mot « révolution » est fondamentalement dual dans sa signification, que le versant politique de l’effusion libératrice se heurte fondamentalement à la dimension déceptive de l’autre révolution, qui signifie un peu son contraire : dans toute Révolution plane la menace d’une « rétrovolution ». Le motif de la Révolution est enchâssé dans l’histoire de l’art moderne et contemporain dont il rythme les ruptures et les déplacements ; le motif de la circularité renvoie à celui de la boucle devenu ces dernières années un gimmick de l’art vidéo qui imprègne également tout un secteur s’étendant de la peinture à la sculpture. Dans cette deuxième édition, il ne sera pas question de faire prendre à l’art de la hauteur face aux soubresauts de l’histoire non plus que d’opposer une énergie brute, vitale et libératrice à une supposée distanciation constitutive de l’art contemporain, mais plutôt de montrer comment ces deux principes peuvent se rejoindre dans la production contemporaine et comment deux temporalités opposées génèrent chacune des lignées proliférantes, donnant parfois naissance à des pièces à la singularité encore plus forte.

1 : intervention de Wilfrid Almendra dans les vitrines de l’antenne du Plateau.
2 : installation de Benoît-Marie Moriceau rue du Transvaal destinée à restituer la vision d’un bout de verdure à l’abandon caché aux yeux des citadins.
3 : Lee Show-Chun a organisé une série de visites-performances dans la rue de Belleville lors desquelles elle décryptait la signification des enseignes chinoises tout en refaisant l’historique du peuplement de la communauté.
4 : exposition de peintures et autres objets peints déposés à même le trottoir de la rue Rébeval, susceptibles d’être embarqués par le visiteur audacieux…
5 : l’organisation de la Nuit blanche accueillit les films de Zhenchen Liu et de Caetano Dias à la Maison des Métallos.
6 : une limousine, symbole de la communauté chinoise, fut louée 3 jours durant pendant lesquels elle servit de studio d’enregistrement pour l’interview des principaux acteurs de la biennale.
7 : Screening, performance d’Ariane Michel.
8 : La fabrique de l’artiste, tel était le thème de l’université d’été du Palais de Tokyo qui se déroula le 11 septembre dans l’auditorium du Pavillon Carré de Baudouin.
9 : exposition Solde migratoire au Pavillon Carré de Baudouin.
10 : Belleville vaut bien une biennale de Joanna Warsza, projet de relocalisation des pavillons nationaux sur divers sites de Belleville.