English version below

Vouloir blanchir un bosquet de vénérables chênes ou feuillus du parc des Buttes-Chaumont a quelque chose d’irrespectueux pour les essences soigneusement protégées du grand espace vert de l’Est parisien. Irrespectueux ou doublement iconoclaste en cette époque où la couleur verte est devenue synonyme de respectabilité économique et de garantie de préservation d’une nature bien malmenée lorsque le blanchiment est à peu près l’exact symbole opposé, cumulant l’horreur économique et l’horreur écologique… Mais le propos de l’artiste n’est pas de faire une œuvre aussi directement polémique par ces allusions au greenwashing, il est —dans une intention purement esthétique — de vouloir s’en prendre à la couleur des arbres, ce qui après tout n’est pas une mince affaire puisqu’ici la question de l’échelle est loin d’être négligeable. Changer le vert pour le blanc, c’est un peu vouloir transformer le plomb en or, cette vieille lune des alchimistes, et contredire l’ordre naturel des choses, des saisons ; c’est aussi s’attaquer à un confort rétinien profondément inscrit dans notre système d’évaluation et de perception de l’espace environnant. Créée voici deux ans au Vent des Forêts, dans la Meuse, domaine forestier pour lequel elle était parfaitement taillée, cette œuvre, importée à Paris dans le contexte d’une zone arborée parfaitement domestiquée, prend une toute autre signification : elle vient dialoguer, à un siècle et demi de distance, avec l’art des jardins de l’ingénieur Alphand, créateur du parc, que l’on surnomma l’« ingénieur-artiste ».

Aussi nous ne dévoilerons pas sa véritable localisation, afin que vous la découvriez par hasard, au détour d’une allée du parc, constellation de collines et de petites facéties architecturales pensées dans le but de dérouter le promeneur et de le faire voyager dans un décor purement artificiel, où même, paraît-il, il fut question de construire les premières montagnes russes : le projet de Vincent Lamouroux peut aussi s’envisager comme le juste prolongement de cette architecture romantique conçue en pleine époque haussmannienne dans le but d’enchanter le quotidien des Parisiens et de les plonger dans une sorte de songe éveillé…

Patrice Joly

Parc des Buttes-Chaumont,
ouvert tous les jours,
de 7h à 21h jusqu’au au 30 septembre,
de 7h à 20h 
ensuite.

English version

To want to whitewash a copse of age-old oaks and broadleaf trees in the Parc des Buttes-Chaumont is somehow to be disrespectful of the carefully protected species in the great green zone of eastern Paris. Disrespectful and iconoclastic twice over in this period when the colour green has become synonymous with economic respectability and a guaranteed preservation of nature under attack, when whitewashing is more or less the exact opposite symbol, piling economic horror on ecological horror… But the artist’s idea is not to make a work that is so directly controversial, through these allusions to greenwashing, it is—with a purely aesthetic intent—to get to grips with the colour of the trees, which, after all, is no laughing matter, because here the issue of scale is far from inconsiderable. Changing green for white is a bit like wanting to turn lead into gold, that old alchemists’ dream, and contradict the natural order of things, and seasons; it is also to grapple with a retinal comfort deeply embedded in our system for evaluating and perceiving the surrounding space. Created two years ago now at Le Vent des Forêts, in the Meuse, an outdoor art centre and sculpture park for which it was perfectly suited, this work, imported to Paris in the context of a thoroughly domesticated wooded area, takes on a whole other meaning: it enters into a dialogue, a century and a half later, with the gardening art of the engineer Alphand, who created the park, and was nicknamed the “engineer-artist”.

So we won’t give away its real location, so that you can discover it by chance, round the corner of a path in the park, a cluster of hills and small architectural witticisms conceived with the aim of disconcerting the walker and getting him/her to travel in a purely artificial décor, where, it would seem, there was even a possibility of constructing the first roller coaster. Vincent Lamouroux’s project can also be seen as the proper extension of that romantic architecture designed at the height of the Haussmann years with the aim of delighting the Parisians’ daily round and plunging them into a sort of waking dream…

Patrice Joly

Parc des Buttes-Chaumont
Open daily from 7 am to 9 pm until 30 September
and then from 7 am to 8 pm