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Lointaine tradition populaire qui se perpétue aujourd’hui sous la forme des crèches vivantes, devenue au XVIIIe siècle le loisir mondain de l’aristocratie de l’Ancien Régime, le tableau vivant consiste à l’origine en la reconstitution sur scène de peintures célèbres. Entre théâtre, peinture et sculpture, cette forme considérée comme mineure dans l’histoire de l’art a néanmoins toujours captivé : une inquiétante étrangeté émane de ces êtres vivants mais figés dans la pose telles des statues de marbre ou de cire. Le personnage est arrêté mais son corps frémit, respire, et le tableau vivant se déroule ainsi, entre immobilité et bougé.

Mais au fil des siècles, et avec la modernité, le tableau vivant a fait sa petite révolution : situé au croisement des arts de la scène et de l’image, mêlant tout ensemble peinture et performance, ayant également fasciné photographes et cinéastes, le tableau vivant nous apparaît aujourd’hui comme un sommet de « transmédialité », d’hybridité, et nombreux sont les artistes qui en réutilisent ou en revisitent la forme étrange. C’est donc à l’actualité extrêmement vivace de ce genre transdisciplinaire que se consacre « La Nuit des tableaux vivants II » : avec son titre évocateur d’un célèbre film de zombies, cette exposition d’un soir, répartie dans le quartier de Belleville, émet l’idée que le tableau vivant est une forme spectrale du spectacle.

Pour preuve : au bout de la rue Jouye-Rouve dans le petit passage de Pékin, la jeune Mathilde Veyrunes installe trois gisants au sol, trois corps recouverts d’un rideau de théâtre rouge. Scène de film ou de crime? La ville est un théâtre permanent et, le temps d’une soirée, de 22h à 2h, les spectateurs sont invités à regarder Belleville comme un grand tableau vivant. C’est dans cet esprit que l’artiste Pierre Joseph devrait glisser un personnage de fiction dans la vie ordinaire du quartier, par exemple à une terrasse de café. Sous le belvédère de Belleville, l’artiste Adélaïde Feriot dispose quatre jeunes filles immobiles et quasi-identiques, tandis qu’un peu plus loin l’association culturelle et sociale Belleville en Vue(s) projette en plein air un mashup de tableaux vivants extraits de nombreux films, de Renoir à Godard. Dans un garage, Natacha Lesueur organise le tournage d’une séquence immobile et, au 65 rue des Cascades, le jeune vidéaste Léandre Bernard-Brunel diffuse sur un mur un tableau animé, inspiré d’une toile de Watteau. D’autres tableaux vivants sont encore à prévoir : sur un fond peint, le duo Hippolyte Hentgen fait passer des personnages en costume, tandis que Pauline Curnier Jardin prépare une crèche vivante d’automne, provençale et tordue. Comme un retour aux origines populaires du tableau vivant, mais dans les formes décalées du contemporain.

Initiée en 2009 lors du Printemps de Septembre à Toulouse, « La Nuit des tableaux vivants » est une exposition éphémère conçue par Christian Bernard (directeur du MAMCO de Genève) et Jean-Max Colard.

  • Pratiquant un nomadisme de quartier depuis 2004, Belleville en Vue(s) propose tout au long de l’année des projections de films et des ateliers de sensibilisation à l’image aux habitants de Belleville, en partenariat avec les acteurs sociaux et culturels du quartier. Pour « La Nuit des Tableaux Vivants II », il s’agira de montrer, à partir d’extraits de films de Renoir à Godard, la présence de la peinture dans le cinéma et la fascination des cinéastes pour la pratique du tableau vivant. Quand l’image mouvement joue avec l’image fixe, quand l’écran devient tableau …

De 22h à 2h, au bout de la Rue Piat et devant le café O’Paris,
1-3 rue des Envierges
 75020 Paris.

As a remote popular tradition nowadays carried on in the form of nativity plays, which became the fashionable pastime of the aristocracy under the Ancien Régime in the 18th century, the tableau vivant or living picture consisted originally in the reconstruction of  famous paintings on stage. Somewhere between theatre, painting and sculpture, this form, which is regarded as a minor one in art history, has nevertheless always captivated audiences: an uncanniness emanates from these living beings who are frozen in their poses like marble or wax statues. The character is at a standstill but his body quivers and breathes, and this is how the tableau vivant unfolds, between motionlessness and camera shake.

But down the ages, and with modernity, the tableau vivant has made its own little revolution: at the crossroads of stagecraft and imagery, mixing painting and performance all together, and having fascinated photographers and film-makers alike, today the tableau vivant appears to us like a peak of “transmediality”, and hybridness, and countless artists re-use and re-visit its strange form. So “The Night of Tableaux Vivants II” is thus devoted to the extremely lively topicality of this cross-disciplinary form: with its title conjuring up a famous film about zombies, this one-night exhibition, scattered through the Belleville neighbourhood, transmits the idea that the tableau vivant is a ghostlike form of spectacle.

The proof of the pudding: at the end of Rue Jouye-Rouve in the narrow Passage de Pékin, the young Mathilde Veyrunes is installing three recumbent figures on the ground, three bodies covered with a red theatre curtain. A film scene, or a crime scene? The city is an on-going theatre and, for the duration of one evening, from 10 pm to 2 am, spectators are invited to look at Belleville like a great tableau vivant. It is in this spirit that the artist Pierre Joseph will be slipping a fictional character into the ordinary life of the neighbourhood, for example, on a café terrace. Under the Belleville belvedere, the artist Adelaïde Feriot is arranging four motionless and almost identical young girls, while a little further on the Belleville en Vue(s) social and cultural club is organizing an outdoor projection of amashup of tableaux vivants taken from many films, ranging from Renoir to Godard. In a garage, Natacha Lesueur is organizing the filming of a motionless sequence and, at no 65, Rue des Cascades, the young video-maker Léandre Bernard-Brunel is broadcasting an animated picture on a wall, inspired from a Watteau canvas. Other tableaux vivants are also programmed: against a painted backdrop, the Hippolyte Hentgen twosome has costumed figures passing, while Pauline Curnier Jardin is preparing an autumn nativity play, at once Provençal and warped. Like a return to the popular origins of the tableau vivant, but in offbeat contemporary forms.

Initiated in 2009 at the Printemps de Septembre in Toulouse, “The Night of Tableaux Vivants” is an ephemeral exhibition devised by Christian Bernard (director of the MAMCO in Geneva) and Jean-Max Colard.

  • In practicing a neighbourhood nomadism since 2004, Belleville en Vue(s) proposes film screenings throughout the year, along with image-awareness workshops for Belleville’s inhabitants, in partnership with the neighbourhood’s social and cultural organizers. For “The Night of Tableaux Vivants II”, based on film extracts from Renoir to Godard, this will involve showing the presence of painting in film and film-makers’ fascination with the practice of the tableau vivant. When the moving image plays with the still image, when the screen becomes a picture…

From 10 pm to 2 am, at the end of Rue Piat and in front of the Café O’Paris, 1-3 Rue des Envierges, 75020 Paris.