English version below

Commissariat : Patrice Joly et Aude Launay

En 1919, Tatline projetait d’ériger un monument fabuleux, la Tour de la IIIème Internationale, à la gloire du mouvement révolutionnaire qui touchait alors à son apogée et de l’art nouveau qui représentait un aboutissement de l’utopie artistique. La tour aux proportions démesurées devait s’élever plus haut dans le ciel de Petrograd que la Tour Eiffel et, outre le fait d’avoir la forme d’une spirale ascendante, elle aurait été construite sur un immense plateau en rotation… Ce rappel historique pour montrer que l’idée n’est pas neuve d’associer ces deux dimensions de la révolution : la rotation et l’acmé historique, et non plus que les artistes ont souvent cherché à doter l’utopie d’une empreinte formelle puissante. De nos jours, de tels projets de marquage de l’espace social par la forme artistique sont difficilement envisageables ; il n’en demeure pas moins que les deux principes sont toujours fortement entremêlés, quasi indissociables, même si l’art et la politique ont, depuis le siècle dernier, montré que leurs trajectoires étaient résolument divergentes.

« Circumrévolution » sera donc basée sur la double polarité du mot révolution. Le but n’est pas d’instaurer une posture morale ou d’amener une quelconque lecture cynique sur le devenir des révolutions : nous nous plaçons du point de vue de l’étymologie de ce terme à l’ambivalence fondamentale. L’exposition se fonde sur cette dualité pour instiller un va-et-vient entre les deux acceptions parfois réunies, à de rares exceptions, au sein d’une même œuvre, comme dans la vidéo de Claire Fontaine A fire is a fire is not a fire où le rapport à la circularité est matérialisé par la boucle vidéo – autre figure de la révolution – tandis que le « sujet » du film semble bien être la combustion de la banlieue, à moins qu’il ne soit justement cette idée de retour perpétuel au même, à cet embrasement cyclique des classes populaires… Autre exemple de ces exceptions, celui d’une œuvre de Sam Durant, mobile composé de couvercles de poubelles oscillant autour d’un axe — référence évidente à l’époque de 68 où ces objets pouvaient servir de boucliers improvisés — qui unit ces deux principes d’une révolution cinétique et d’une révolution effusive… D’autres œuvres feront plus directement référence à l’événement politique, comme ce Jardin Révolutionnaire avec moins de couleurs et plus de fleurs d’Alexandre Périgot, dans lequel l’artiste reprend la tradition de donner aux révolutions des noms de fleurs pour en réaliser une composition monumentale, véritable réservoir poétique pour les révolutions à venir. À l’opposé, les tores d’Emanuel Rossetti, le Loading(Full Screen) d’Hugo Pernet et le From Zero to Infinity de Julien Nédélec oscillent entre révolution numérique, physique et métaphysique, questionnant au passage le statut de l’œuvre face à sa reproductibilité technique. Entre les deux, la vidéo d’Andrea Merkx se réfère à une révolution plus prosaïque qui a secoué le Paris du xixe siècle avec le baron Haussmann, en attendant que l’utopie urbaine mise en œuvre dans la vidéo de Blaise Parmentier, Chromiphérie, ne devienne réalité…

Avec : Abraham Cruzvillegas, Sam Durant, Latifa Echakhch, Claire Fontaine, Bevis Martin & Charlie Youle, Andrea Merkx, Julien Nédélec, Blaise Parmentier, Alexandre Périgot, Hugo Pernet, Emanuel Rossetti, Christoph Weber.

Pavillon Carré de Baudoin,

121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris

Métro Gambetta (L3)

Bus lignes 96 et 26 
arrêt Pyrénées ou Ménilmontant

Du mardi au samedi 
de 11h à 18h.

Entrée libre.

 

English version

Curated by Patrice Joly & Aude Launay.

In 1919, Tatlin planned to erect a fabulous tower, The Monument to the Third International, to the glory of both the revolutionary movement then reaching its climax, and the new art representing a culmination of artistic utopia. The tower with its excessive proportions was to thrust higher into the Petrograd sky than the Eiffel Tower in Paris’s, and, in addition to having the form of an ascending spiral, it would have been built on a huge revolving platform… We offer this historical reminder to show that it is not a novel idea to associate these two dimensions of the revolution: revolution (in the rotatory sense,) and historical climax, as well as the fact that artists have often sought to endow utopia with a powerful formal footprint. Nowadays, such projects to mark the social space by artistic form are not easily imaginable; the fact nevertheless remains that the two principles are always conspicuously intertwined, and almost inseparable, even if, since the 20th century, art and politics have shown that their trajectories are decidedly divergent.

So “Circumrevolution” will be based on the twofold polarity of the word revolution. The aim is not to introduce any moral stance, or make some kind of cynical reading of the way revolutions develop: we take as our viewpoint the etymology of this term with its basic ambivalence. The exposition rests on this duality to inject a to-and-fro between the two accepted meanings, at times brought together, with rare exceptions, within one and the same work, as in Claire Fontaine’s video A fire is a fire is not a fire, where the relationship to circularity is given material form by the video loop—another figure of the revolution—while the film’s “subject” does indeed seem to be the conflagration of the suburbs, unless it just happens to be this idea of perpetual return to the same, to the cyclical blaze of the working classes… Another example of these exceptions is a work by Sam Durant, a mobile composed of dustbin lids swinging around an axis—an obvious reference to the 1968 period when these objects could be used as makeshift shields—which links these two principles of a kinetic revolution and an effusive revolution. Other works will refer more directly to the political event, like Alexandre Périgot’s Jardin Révolutionnaire avec moins de couleurs et plus de fleurs, in which the artist takes up the tradition of giving revolutions the names of flowers, and comes up with a monumental composition, nothing less than a poetic reservoir for revolutions in the offing. Contrasting with all this we have Emanuel Rossetti’s tori, Hugo Pernet’s Loading… (Full Screen), and Julien Nédélec’s From Zero to Infinity, all wavering between digital, physical and metaphysical revolution, and in passing questioning the work’s status in the face of its technical reproducibility. Between the two, Andrea Merkx’s video refers to a more prosaic revolution which shook 19th century Paris with Baron Haussmann, while we wait for the urban utopia implemented in Blaise Parmentier’s video, Chromiphérie, to become reality…

Artists : Abraham Cruzvillegas, Sam Durant, Latifa Echakhch, Claire Fontaine, Bevis Martin & Charlie Youle, Andrea Merkx, Julien Nédélec, Blaise Parmentier, Alexandre Périgot, Hugo Pernet, Emanuel Rossetti, Christoph Weber.

Pavillon Carré de Baudoin,

119 Rue de Ménilmontant, 75020 Paris

Métro Gambetta (L3)

Bus lines 96 & 26 
- Stop Pyrénées or Ménilmontant

Open from Tuesday to Saturday (11H – 18H)

Free enter.