Commissariat : Patrice Joly.

Le Pavillon Carré de Baudouin est appelé à devenir le centre de gravité de la biennale : sa situation intermédiaire entre le centre historique de la capitale et la banlieue toute proche alimente le concept même de l’exposition qui s’y tient.

La situation de Belleville comme « laboratoire des cohabitations urbaines » ne peut devenir la thématique d’une exposition axée sur les mutations et les transformations urbaines qu’à condition que ces dernières soient suffisamment problématisées, car le risque est grand que les œuvres ne soient instrumentalisées par les difficultés sociales du moment. L’une des priorités de la biennale est donc de montrer comment les artistes se nourrissent de ces thématiques sans pour autant que leurs œuvres ne se transforment en manifestes. Il s’agit d’établir des parallèles entre les mouvements de populations à l’origine de la géologie sociale des grandes villes et les principes de déplacements formels qui affectent les œuvres d’art elles-mêmes.

Ainsi, une pièce comme celle de Kader Attia, La colonne sans fin, pourrait facilement être considérée comme un symbole du déclin de l’attractivité syndicale, sauf que cette pièce est également interprétable comme la prolongation d’un éternel dialogue scupltural qui va de Brancusi jusqu’à nos jours, son titre y faisant directement référence. L’intérêt de cette pièce est de se réapproprier des thèmes inhérents au champ de la sculpture : la finitude, l’élévation, le socle, pour l’ouvrir à ceux de la lutte ouvrière. Les pièces d’Isa Melsheimer sont constituées de visuels qu’elle extirpe d’une source médiatique quelconque pour les déposer sur un support parfaitement incongru : matelas, sofa fatigué, T-shirt usagé. Le traitement qu’elle applique à l’image d’origine, brodé sur cette nouvelle base, a pour effet de la geler : il contrevient ainsi à sa destination première qui est de participer au flux de l’information en l’ancrant dans un milieu a priori inhospitalier. À l’instar des quartiers périphériques densifiés par les vagues de migrations successives, les œuvres de Melsheimer sont la résultante de ces mariages improbables. Les objets « augmentés » de Camille Henrot se situent dans une proximité d’intention : le goudron qui enduit ces objets de seconde main nous rappelle le traitement que les cow-boys faisaient subir aux « pied-tendres ». Ils font référence à la difficulté de s’implanter, d’être accepté sur un nouveau sol ; mais cette nouvelle peau leur donne une nouvelle identité en les unifiant.

L’analogie avec les populations en migration est suffisamment édifiante : il en résulte toujours un substrat, un dépôt, un solde. Solde migratoire tente de témoigner de la richesse des phénomènes migratoires en pointant les ressemblances avec la formation des œuvres contemporaines.