Caetano Dias-1978 cidade submersaSur une proposition de Muriel Enjalran et Patrice Joly

Porteuse d’histoires plurielles à l’image du territoire bellevillois, la Maison des Métallos se fait, le temps d’une Nuit blanche, réceptacle de nouveaux récits urbains proposés ici par les artistes Caetano Dias et Zhenchen Liu, respectivement originaires du Brésil et de la Chine. Ils nous présentent des « revenants » de villes immergées dans un devenir proliférant et violent, dans lesquelles les traces du passé apparaissent comme autant d’aspérités et de cicatrices sur les utopies urbanistiques contemporaines.

Le travail de Caetano Dias et Zhenchen Liu, tourné vers la vidéo et la photographie, rend compte du trouble des médiums dans une volonté de « refictionnaliser » le réel, de théâtraliser le documentaire pour tenter d’en extraire toute la complexité et l’étrangeté. Leurs promenades urbaines sont la matière première de leur production artistique. Leurs déambulations sont pensées comme des moyens “politiques” d’interroger un territoire et de se le réapproprier. C’est aussi l’occasion d’en révéler les dispositifs invisibles qui déterminent notre rapport à lui.

1978 Cidade Submersa décrit la relation d’un homme avec la ville dont il est originaire, Remenso, engloutie en 1978 pour construire le barrage de Sobradinho dans le nord-est de Bahia. On accompagne ce pêcheur dans la reconstitution de sa géographie intime que convoquent les vestiges de cette ville ancienne disparue. Les images documentaires se brouillent et se muent alors en visions aquatiques et fantastiques, et apparaissent comme autant de projections mémorielles de cet homme. Caetano Dias nous parle ici de la complexité des territoires soumis à leurs histoires. Ses images décrivent en silence des mémoires qui n’ont plus de lieu, une ville invisible et métaphorique.

Le Kaléidoscope de Zhenchen Liu réfléchit et combine à l’infini de « belles images » de la Chine contemporaine. Ainsi dans cette mosaïque colorée et harmonieuse où feux d’artifices, bouddhas joviaux, portraits souriants de Mao sur le Yuan, d’industriels ou de miss de concours de beauté côtoient des motifs floraux. Mais cette douceur n’est qu’un leurre : ces motifs sont tirés des papiers peints des maisons détruites dans les quartiers anciens de Shanghai d’où sont expulsés chaque année des milliers d’habitants. Un kaléidoscope broie les images passées pour en proposer de nouvelles ; il se caractérise par un processus de cassure et de rupture, à l’image de ce que réalise aujourd’hui la Chine. Jeu de dupe, miroir déformant de réalités sociales extrêmement violentes, le pouvoir politique produit des récits sur la ville pour endormir toute velléité de remise en cause du nouvel ordre établi.

Maison des métallos
Nuit du 2 au 3 Octobre 2010
94, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris (métro Couronnes)
Tél. : 01 48 05 88 27