Joanna WarszaBelleville Vaut Bien Une Biennale
15-21 Octobre

Sur une proposition de Claire Moulène
Un projet inspiré par l’infrastructure du quartier, sous la forme d’une carte psychogéographique et un cycle d’évènements sur le syndrome des Biennales.

Invités: Patrick Komorowski, Rafał Niemojewski, Levente Poylak, Philippe Quesne, Slavs and Tatars, Stephen Wright.

Dans le milieu de l’art contemporain, le débat sur la nécessité des biennales est aussi pertinent qu’ennuyeux. D’après Okwui Enwezor, les biennales bénéficient d’une véritable force créatrice et conduisent les curateurs à puiser au sein du terreau culturel et géographique préexistant. Jouant la carte du pluralisme et s’appuyant sur une politique du more is more, elles ont toutes les chances de devenir des plateformes alter-institutionnelles, qui font de la ville ou du quartier sur lesquels elles prennent appui un véritable levier artistique et intellectuel. Les curateurs plus sceptiques, Bob Nikas notamment, estiment quant à eux que les biennales n’ont de sens que pour les hôteliers, les restaurateurs et les commerçants.

Le quartier de Belleville, compris à la fois comme une infrastructure hétérogène et un site symbolique, constitue le point de départ du projet « Belleville vaut bien une Biennale ». La topographie, la typographie et la problématique sociale ont servi d’indicateurs dans le repérage de « pavillons ». Ce concept s’appuie non plus sur un principe de représentation nationale, mais sur une multiplicité de contextes divers et variés dans la « ville-biennale », et a pour objectif d’éviter une certaine auto-confirmation d’image du quartier au profit d’un simple déplacement des modes de perception de la réalité.

Comme le dit Jean-Luc Godard : « Ne change rien, pour que tout soit diffèrent ».

Les Pavillons :
Le Pavillon de 20 secondes: Le sommet de Paris – Le Télégraphe
Rue du Télégraphe

Le pavillon arménien :
La piscine Alfred Nakache enrichie d’une commande publique de Melik Ohanian
4, rue Denoyez

Le pavillon brésilien : Siège du Parti Communiste
2, place du Colonel Fabien

Le pavillon Carré de Baudouin: Le Pavillon Carré de Baudouin
121, rue de Ménilmontant

Le pavillon chinois : Restaurant Le Président
120, rue du Faubourg du Temple

Le pavillon géorgien : Galerie Castillo/Corrales, Thea Djordjadze „Boat, Now”
65, rue Rébeval

Le pavillon d’Harlem : Café Chéri(e)
44, boulevard de la Villette

Le pavillon de la République Soviétique de Belleville (d’après Je brûle Paris de Bruno Jasieński) / Maison de l’Air / Parc de Belleville

Le pavillon des Cascades : Résidences
66, rue des Cascades

Le pavillon nomade : Musée des Graffiti de Yona Friedman
295, rue de Belleville

Le pavillon nordique : café au lit avec l’architecture par Carl-Fredrik Svenstedt, uniquement sur rdv : 01 46 36 18 85

Le pavillon de la Pologne et de l’Iran: Chapelle Notre Dame du Bas-Belleville
Mission catholique polonaise
29, rue de Belleville, 75019 Paris

Le pavillon de la psychogéographie : La Java – La Java des Bons-Enfants
105, rue du Faubourg du Temple

Le pavillon du quartier: Le Plateau (L’Antenne) – Le Centre d’Art
22, cours du 7ème art

Le pavillon de ex-Biennale de Paris (Le collège): Le Café Bel’ Vil
1, rue des Fêtes

Joanna Warsza
Artiste-commissaire indépendante, a créé en 2007 le label Laura Palmer Foundation sous lequel elle officie depuis. De 2006 à 2009, en collaboration avec des artistes, performers, sociologues et botanistes, elle s’est concentrée sur le quartier de l’ancien Stade communiste à Varsovie. Durant l’été 2010, elle a mené un projet collectif à Tbilissi (Géorgie) autour de l’idée du retro-futurisme et de l’utopie réalisable intitulé : « Frozen Moments : Architecture Speaks Back ». Pour la Biennale de Belleville, elle regarde le quartier comme une infrastructure ready-made et propose une sélection de pavillons repérés dans un tissu préexistant.

DeValance

Créé en octobre 2001 par Alexandre Dimos et  Gaël  Étienne, le  studio deValence s’attache à  développer une démarche singulière dans  le domaine du design graphique. L’atelier travaille principalement dans le champ culturel et son activité est structurée par l’éditorial. Attaché à traduire la  spécificité de chaque projet et la diversité des situations de commande, deValence élabore son travail sur l’étude minutieuse du contenu. Ainsi, réfutant l’idée de style graphique, chaque proposition répond à des problématiques particulières, ce qui peut entraîner la conception et l’utilisation d’outils de travail propres à l’atelier: caractères typographiques originaux ou point de vue photographique pour certaines publications.

Le programme dans les pavillons :

15 Octobre (le vendredi) à 19h
L’Antenne du Plateau,
22, cours du 7ème art 75019 Paris

Lancement du projet :

19h Une idée de cartographier le quartier de Belleville, une introduction de Joanna Warsza
20h Une conférence de Rafał Niemojewski

Une biennale de quartier parmi des biennales mondialisées
Les biennales de l’art contemporain se sont multipliées dans le monde entier pendant le dernier quart de siècle. Un lien indissoluble entre leur prolifération et la dynamique culturelle de la mondialisation a divisé les professionnels de l’art. Les enthousiastes ainsi que les sceptiques le plus souvent citent La Biennale de Venise, emblème de la modernité de la fin du dix-neuvième siècle, comme l’origine de ce phénomène. Cependant, moins connue, La Biennale de la Havane dans les années 1980 a introduit un nouveau modèle de biennale en rupture avec l’antécédent vénitien – une grande exposition sans représentations nationales, organisée dans l’esprit d’une fête populaire et avec l’ambition de corriger la cartographie du monde de l’art héritée du modernisme occidental. Même si de nombreuses nouvelles biennales peuvent aujourd’hui être vues, à certains égards, comme l’expression continue de la modernité, c’est bien La Havane qui a transformé la biennale contemporaine en une plate-forme critique de cette modernité. Située entre le capital et la culture, une biennale contemporaine se présente comme une entité fracturée et fragmentée qui ne prend tout son sens que dans un contexte donné. Dès lors que la plupart des biennales d’aujourd’hui sont associées à une ville comme un site clé pour la diffusion culturelle et économique dans le monde mondialisé – quelle serait la signification d’une biennale qui s’identifie avec Belleville, une notion psychogéographique plutôt qu’administrative ?

Le Dr Rafał Niemojewski est le commissaire des programmes publics à la Hayward
Gallery, Southbank Centre, à Londres. Il est également conseiller de la Biennial Foundation et enseignant au Chelsea College of Art & Design. Après avoir étudié l’histoire de l’art à la Sorbonne, il a poursuivi la recherche en histoire de l’exposition au Royal College of Art, dont les résultats ont été présentés dans plusieurs publications, y compris The Biennale Reader (Hatje Cantz, 2010). Il a collaboré à de nombreuses revues, dont Artforum, Artvehicle et Manifesta Journal.

16 Octobre (le samedi) à 18h
Patrick Komorowski + Benoît Rayski  Je brûle Paris de Bruno Jasieński
Pavillon de la République Soviétique de Belleville / Maison de l’Air, Parc de Belleville
(Entrée par la rue Piat)

Roman fantastique, fiction politique, la trame de Je brûle Paris de Bruno Jasieński, se déroule à Paris en 1929. Confrontés à une épidémie dévastatrice, les habitants de Paris adoptent une attitude grégaire et se fractionnent, au grès de la géographie de la capitale, en Etats miniatures déterminés par des critères religieux (un « Etat indépendant juif » dans le quartier de l’Hôtel de Ville, une « monarchie des Bourbons » soutenue par la population catholique entre les Invalides et le champ de Mars), économiques (une « concession anglo-américaine » autour de l’Opéra), politiques (la « monarchie des Russes blancs » à Passy, la « république bleu marine » constituée par les policiers de l’île de la Cité), ethniques (la « république autonome des noirs » autour de la place Pigalle, la « république autonome des jaunes » dans le quartier latin) ou encore sociaux (la « république soviétique de Belleville » aux mains des ouvriers). Une hostilité mutuelle s’établit alors au sein de la ville conduisant les différentes communautés à leur perte. Seuls survivent les détenus communistes et autres prisonniers de droits communs, qui jetés en prison par la soi-disant démocratie parlementaire, ont été protégés de la contagion. Profitant de la quarantaine à laquelle la cité demeure soumise, ces derniers s’emploient alors à reconstruire une nouvelle société dont le modèle contamine, politiquement cette fois, le reste de l’Europe et conduit au soulèvement international du prolétariat.

Ecrit en riposte au pamphlet antisémite et antisoviétique Je brûle Moscou de Paul Morand, Je brûle Paris de Bruno Jasieński, poète futuriste juif-polonais et militant communiste de la première heure, apporta à son auteur une renommée internationale tout autant qu’il scella son destin. Après la parution du roman en feuilleton dans L’Humanité, Jasieński quitta la France à la demande des autorités. C’est finalement en Union Soviétique qu’il termina son voyage où son livre avait rapidement été traduit et où une foule acclama son arrivée. Au cours des années 1930, Jasieński occupa des postes à responsabilités au sein de diverses structures liées à la vie littéraire soviétique. Pris dans la tourmente des purges staliniennes, il fut exécuté en 1938 à l’âge de 37 ans.

Le temps de la Biennale de Belleville, la Maison de l’air du parc de Belleville devient le « Pavillon de la république soviétique de Belleville ». Une rencontre autour de Je brûle Paris et du quartier de Belleville vu à travers les yeux du poète futuriste est proposée dans l’amphithéâtre en plein air à proximité de la rue Piat, le samedi 16 octobre à 18h00, avec le journaliste et écrivain Benoît Rayski et l’historien d’art et commissaire d’exposition Patrick Komorowski.

19 Octobre (le mardi) à 19h
Philippe Quesne / Pavillon des Cascades : Résidences
66, rue des Cascades

Venu des arts plastiques, Philippe Quesne fonde la compagnie Vivarium Studio en 2003, pour concevoir des spectacles et interroger le théâtre comme un art dʼassemblage, un art hétérogène. Il envisage la scène comme un atelier, un lieu d’exprimentations et propose au spectateur d’y observer des microcosmes humains. Parallèlement, il crée des performances et des interventions dans l’espace urbain, dans le paysage, ou dans des centres d’art. Pour le projet Belleville Vaut Bien Une Biennale, il propose une soirée de préfiguration d’un projet de résidences d’artistes dans les locaux du Vivarium Studio.

20 Octobre (le mercredi) à 19hSlavs and Tatars / une conférence sur 79.89.09
Chapelle Notre Dame du Bas-Belleville
Mission catholique polonaise
29, rue de Belleville, 75019 Paris

Faction polémiste et intimiste, le collectif Slavs and Tatars voue son travail à l’Eurasie. Transcendant supports et disciplines, leurs œuvres confrontent et embrassent des cultures hétérogènes que l’on croirait irréconciliables. Navigant entre Bruxelles et Moscou, Slavs and Tatars a exposé à la Biennale de Moscou, à la Barbican Gallery de Londres, au Centre d’Art Contemporain de Toruń, et prépare actuellement Friendship of Nations: Polish Shi’ite Showbiz pour la prochaine Biennale de Sharjah. Leur livre Kidnapping Mountains – une célébration  de la complexité caucasienne – a été publié par Book Works (Londres) et Love Me Love Me Not: Changed Names par onestar press (Paris). Leurs œuvres font partie de la collection permanente du MoMA, à New York.

Dans 79.89.09, Slavs and Tatars proposent un regard sur deux moments clés de l’histoire contemporaine : la révolution iranienne de 1979 et le mouvement Solidarność en Pologne dans les années 1980 – comme une stratégie permettant de déceler le passé récent et notre présent. Ces deux histoires respectives marquent des moments géopolitiques majeurs du siècle passé ; elles en constituent le terme tout autant que le début du siècle actuel. Le projet communiste du XXe siècle et l’islam révolutionnaire du XXIe siècle seront étudiés à travers des sujets aussi divers que les monosourcils, la modernité, les Beach Boys et l’apostasie. Cette présentation a eu lieu à la Rietveld Academy d’Amsterdam, au Musée d’Art Moderne de Varsovie; au Felleshuset de Berlin, à la Brucennial de New York, parmi d’autres institutions.

Le Pavillon du 20 Secondes (Le Sommet de Paris)
Un regard proposé par Levente Poylak
Rue du Télégraphe

Dans sa distinction des espaces des lieux et des espaces des flux, Manuel Castells décrit Belleville comme un rare lieu identifiable au milieu de flux: « Entre la maison et le monde, il y a un endroit appelé Belleville ». Belleville est un abri temporaire entre la maison et le monde: le quartier, qui a échappé à la fois à la restructuration haussmannienne et à la rénovation urbaine d’après-guerre, était depuis des générations une passerelle entre Paris, la France, l’Europe et le monde. Mais Belleville n’est pas qu’un lieu qui cache et protège; c’est aussi le médium d’une communication intense avec des endroits lointains. Le quartier dispose d’une des plus fortes concentrations de téléboutiques en Europe ; dans les taxiphones, éparpillés dans le quartier comme des micro-télégraphes, les conversations relient Belleville simultanément à tous les autres continents.

Si Belleville est un îlot extraordinaire de la connectivité mondiale d’aujourd’hui, il l’a été dans des périodes diverses. Il a été relié au premier système de télécommunication du monde, le Télégraphe « proto-Internet, proto-taxiphone » de Claude Chappe. Le télégraphe aérien qui fonctionnait entre 1793 et les années 1840, est une phase particulière dans l’histoire des technologies de communication: alors que ce système était un pionnier de l’élimination progressive de la distance physique, sa logique de transmission était toujours fondée sur le contact visuel, en consistant en une succession de sémaphores installés au sommet des tours situées aux horizons des unes et des autres: dans l’intervalle de 6-12 km = 20 secondes. Les différentes positions des sémaphores correspondaient à des lettres différentes de l’alphabet ; ses contemporains ont vu dans ce ballet mécanique une chorégraphie de grands insectes artificiels – au service du pouvoir.

Le Télégraphe Chappe est une phase particulière dans l’histoire des technologies de communication: alors qu’il était un pionnier de l’élimination progressive de la distance physique, sa logique de transmission était toujours basée sur le contact visuel. L’invention d’un nouveau système de langue par Morse a rendu la transmission aérienne obsolète: les stations de télégraphe sont descendues sous la terre, et les tours de Chappe ont laissé leur position optique hégémonique aux châteaux d’eau ; la force de la perspective a été remplacée par la force de gravité. C’est aux pieds de ces châteaux d’eau, au point le plus haut de Paris, que le pavillon du Télégraphe s’ouvre: ce qui était autrefois le nœud central du réseau télégraphe de Chappe, est aujourd’hui un monument à la connectivité globale de Belleville.

Design graphique : deValence